Législatives : Dr Christophe Premat suppléant PS

Sebastien Poulain : Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre doctorat, en précisant ce qu’il vous a apporté ?

Christophe Premat : Je suis chercheur associé au centre Émile Durkheim et responsable de la coopération linguistique et éducative à  l’Institut français de Suède.

J’ai obtenu un doctorat de sciences politiques en 2008 dont le sujet portait sur « La pratique du référendum local en France et en Allemagne ». Ce doctorat m’a permis de mener des enquêtes sur le fonctionnement de la démocratie locale dans deux pays de culture politique et administrative différente. J’ai acquis des méthodologies spécifiques (croisement entre méthodes quantitatives et qualitatives) et ce doctorat m’a apporté une réflexion solide. Le doctorat est une aventure intellectuelle et psychologique et il importe d’aller jusqu’au bout pour mesurer la trajectoire.

Je suis engagé dans un parcours militant puisque je suis suppléant de la candidate socialiste Axelle Lemaire pour les législatives de 2012 (3e circonscription des Français de l’étranger). Je différencie les deux parcours même s’ils se complètent utilement : la posture intellectuelle relativise la posture militante,mais la posture militante vient bousculer le confort d’une réflexion intellectuelle qui n’est jamais neutre.

SP : En quoi le diplôme de doctorat se différencie-t-il des autres diplômes ?

CP: Le doctorat n’est pas simplement un diplôme, c’est un parcours au cours duquel le jeune chercheur se frotte véritablement à l’exercice de la recherche. S´il y a une dimension individuelle inévitable (le doctorant se retrouve à un moment donné seul face à l’écriture de sa thèse), la socialisation est extrêmement importante et peut se lire à différents niveaux : sur le terrain en fonction des interlocuteurs rencontrés, dans le milieu de la recherche (publications, colloques, séminaires) et surtout avec les autres doctorants d’où l´importance des écoles doctorales et des offres de formation.
L’immersion au sein d’un laboratoire est extrêmement importante car elle influe sur le moral des doctorants qui passent par des phases parfois difficiles.  J’ai eu le plaisir de participer à la création du premier collège doctoral franco-allemand en sciences sociales qui a été l’occasion de prendre part à des séminaires en Allemagne et en France dans les deux langues. L’internationalisation est fondamentale dans la confrontation de ses recherches avec les collègues étrangers.

SP : Que pensez-vous des dernières réformes qui ont été mises en place et qui ont modifié l’enseignement supérieur et la recherche ?

Les dernières réformes visant la fusion des universités dans des pôles d’excellence avec l’apparition de fondations universitaires accompagnant l’autonomie des universités cachent un certain désarroi intellectuel et une dérive vers l’innovation et l’expertise qui ne sont pas à confondre avec l’exercice de la recherche. Les chercheurs peuvent apporter une expertise sur des sujets particuliers, mais cette expertise n’est absolument pas équivalente à leur travail de recherche.

Les fondations universitaires permettent aux entreprises de jouer un rôle important dans le financement de certains parcours. Si l’appel aux entreprises n’est pas condamnable en soi, la présidentialisation des conseils d’administration peut être un frein à la poursuite de la recherche dans de bonnes conditions. La recherche fondamentale peut être durablement affectée et les pratiques clientélistes sont à craindre.

Nous avions un organisme (le CNRS) envié du monde entier, on pouvait imaginer le regroupement de certains laboratoires, mais la réforme a transformé l’esprit de la recherche. La multiplication des programmes dits d´excellence et des labels illustre une privatisation de plus en plus forte de la recherche alors qu’il faut maintenir un équilibre important entre financements publics et privés.

On souhaite fabriquer des spécialistes en fonction des possibilités offertes sur le marché du travail sans prendre en compte le fait qu’un docteur par exemple a un potentiel de créativité pouvant bousculer une institution. Il faut tordre le coup au court-terme et investir dans la recherche plutôt que de penser à faire des économies coûte que coûte. Il serait intéressant que la recherche publique puisse aussi définir des objectifs qui ne soient pas assignés uniquement à la compétitivité.

SP : Quelles réformes pour l’université souhaiteriez-vous après les élections de 2012 ?

Je souhaite que l´on revoie le mode de fonctionnement des conseils d´administration universitaires et qu´on y inclue davantage de pratiques collégiales. La démocratisation de ces organes est essentielle à un moment de restructuration du paysage de la recherche. En d´autres termes, j´attends une réforme profonde de la LRU.

Il faut également éviter la spécialisation précoce des parcours universitaires notamment au cours du premier cycle universitaire. En effet, la tendance est à la création de nombreuses filières professionnalisantes qui rendent parfois illisible le profil de certains instituts universitaires. L’hyper spécialisation est un danger pour la recherche car il y a risque de dispersion et d’émiettement des sous-champs disciplinaires. Il est important d’avoir une bonne culture de sa discipline et de maintenir des enseignements fondamentaux dès le premier cycle.

Du côté des étudiants, il est temps de mettre fin à la multiplication des stages non encadrés et des emplois précaires pendant leur parcours universitaire. La mise en place d’une allocation d’études leur permettant de travailler dans de bonnes conditions me semble nécessaire. Pour les doctorants, je pense qu´un véritable statut de jeune chercheur devrait être à l’étude. J´ai participé moi-même au mouvement des jeunes chercheurs en 2004 et de bonnes idées viables économiquement avaient été émises. Le système des pays d’Europe du Nord peut nous inspirer avec à la clé une véritable égalité des chances à l’université.

En dernier lieu, il importe de soutenir l’internationalisation de la recherche en valorisant les échanges entre chercheurs et enseignants. Les recrutements doivent davantage s’ouvrir aux chercheurs étrangers et bien évidemment, il faut abroger la circulaire sur les étudiants étrangers. Je pense qu’il y a de grands défis posés à la recherche française et à son rayonnement international.

SP : Comment mieux valoriser le doctorat et l’université en France ?

On peut commencer à valoriser les compétences acquises au cours du doctorat. Les docteurs ne sont pas des êtres à part enfermés dans une pratique monacale, ils ont été intégrés plus ou moins à la recherche par le biais de leur insertion dans le laboratoire d´accueil. Les équipes d’accueil ont un rôle fondamental dans l’orientation des docteurs et doivent faciliter leur insertion professionnelle. Chaque docteur a un profil spécifique, mais est capable de s’insérer facilement dans une équipe. L’association Bernard Grégory fait beaucoup pour la promotion des docteurs, je pense que les universités doivent davantage montrer la diversité des profils des docteurs qui sont un atout pour l’avenir.

Des salons de thèse sont organisés régulièrement, des enquêtes de suivi se sont développées ces dernières années, il serait injuste de dire que rien n’est fait pour valoriser le doctorat et l’université en France. Je pense qu’une présentation des tâches possibles d’un doctorant au sein d’un laboratoire aiderait les futurs étudiants se destinant à des études longues à envisager le doctorat d´une autre manière. L’université doit garder son caractère généraliste lors du premier cycle et par la suite montrer sa palette de spécialisations possibles. En aucun cas, on ne doit transformer l’Université en fonction du marché du travail.

SP : Comment l’université pourrait-elle aider à mieux insérer professionnellement les étudiants ?

Les docteurs ne sont pas tous appelés à une carrière universitaire et leur suivi pourrait a posteriori permettre de montrer leurs possibilités professionnelles.  J’étais doctorant à Bordeaux et j’ai noté l’apparition de pratiques intéressantes pour davantage valoriser le doctorat et éviter l’isolement de doctorants. À l’Institut d’études politiques de Bordeaux, le doctorant devait présenter chaque année l’état d’avancée de ses travaux devant le Conseil de l’école doctorale. Il pouvait faire part de ses projets d’orientation, on pourrait y convier quelques personnalités extérieures ayant un lien avec le sujet de thèse du doctorant.

En Aquitaine sont organisées chaque année des doctoriales, c´est-à-dire des stages d´immersion de doctorants dans le milieu privé pour voir comment ils pourraient utiliser adéquatement leurs compétences dans le monde de l’entreprise. Ce type d´initiatives me paraît positif à condition de ne pas transformer les universités en y ajoutant des filières professionnelles étrangères à l’acquisition de savoirs fondamentaux.

SP :  Comment voyez-vous l’avenir de l’université et sa place dans la société ?

CP : On gagnerait à ouvrir davantage l’Université avec davantage de débats, de rencontres et la mise en place d’Universités Populaires vulgarisant les grands thèmes de la recherche. La coupure entre l’Université et la société est parfois dommage. En étant réaliste, je crois qu’il est important d’ouvrir un débat sur les savoirs fondamentaux universitaires comme on l’a (mal) fait pour l’école.

Quelle Université pour le 21e siècle ? Quelle place pour la recherche ? Quelles priorités pour la recherche publique et l’enseignement supérieur ? Il serait intéressant d’associer le plus grand nombre d’acteurs à cette réflexion, que ce soit les personnels, les syndicats, les présidents d’Université, les doctorants et les associations de jeunes chercheurs.

La formation tout au long de la vie est à exploiter à condition de ne pas la cantonner à un credo de requalification des compétences. Il serait intéressant que dans les parcours professionnels on puisse avoir droit à un crédit de formation, cela introduirait une mixité intergénérationnelle et permettrait de confronter davantage l’Université au monde du travail. Les collectivités territoriales pourraient d’ailleurs avoir un rôle à jouer dans la sécurisation des parcours professionnels et la mise en œuvre de ce crédit formation.

Publicités

Déposer vos remarques, questions, suggestions... Vous pouvez interpeller les interviewés

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s