Vanessa Jérôme doctorante EE/LV Adjointe au Maire de Clamart et Conseillère communautaire à Sud de Seine pour Doctrix

Beaucoup de doctorantes et doctorants sont des agents doubles ! Ils étudient un « terrain » sur lequel ils font de l’« observation participante ». Ils sont donc à la fois observateurs et acteurs. Ils peuvent être salariés, adhérents, militants, élus, bénévoles… Cela leur permet d’engranger des informations inestimables car inaccessibles autrement : archives non ouvertes au grand public, documents internes et récents, échanges et observations privilégiés… Cette double activité est donc extrêmement enrichissante pour la recherche. Mais cette posture impose toute sorte de questions et problèmes méthodologiques :
– Où passe la frontière de ce que l’on peut dire ou ne pas dire dans sa thèse ?
– Faut-il prévenir chaque interlocuteur de terrain que la thèse est en cours ?
– Faut-il anonymiser chaque personne qu’elle soit connue ou pas au moment de rédiger la thèse ?
– Est-il possible de s’objectiver, c’est-à-dire de tenir des propos scientifiques sur soi et sur ses relations amicales, professionnelles… ?


Vanessa Jérome a déjà rédigé 150 pages sur les problèmes épistémologiques induits par cette position presque schizophrénique ! Dans toutes les occasions, elle observe et analyse tout ce qu’elle fait et dit et tout ce qui se fait et dit autour d’elle. A chaque réunion, elle pose sur sa table son carnet de notes politique et son carnet de notes scientifique, qu’elle range ensuite scrupuleusement chez elle à côté des retranscriptions des discussions in et off ainsi que des plus de 60 interviews réalisés auprès d’une grande partie des militant-e-s du parti (dont des dirigeants et ministres), sans compter les mails et autres sms remplis d’informations précieuses (négociation, tactique, stratégie, « petits secrets »…) ! Une mine d’information qu’elle complète au grès de ses expériences. Militante depuis 2002, désormais Adjointe au Maire de Clamart en charge du développement économique et du quartier centre et Conseillère communautaire à Sud de Seine, elle avait également été Attachée au cabinet de la vice-présidente en charge du développement social, de l’économie sociale et solidaire, de la santé et du handicap au Conseil régional d’Ile-de-France de 2003 et 2007. Avoir occupé autant de positions lui donne un aperçu assez large du fonctionnement d’un parti et de la manière de s’y engager.
Inutile de dire que ses interventions publiques (conférences, articles…) sont écoutées avec attention par les chercheurs mais aussi par les membres de son parti politique : EELV. Ce parti est d’ailleurs connu pour comporter de nombreux doctorants et docteurs. Mais rares sont ceux qui se risquent à écrire une thèse sur leurs camarades car c’est un exercice de haute voltige qui peut avoir des conséquences en termes de carrière : politique et/ou scientifique. En réalité, il n’y en n’a pas d’autres, du moins pas d’autres connus ! Rassurons-nous, ce n’est pas mission impossible puisque Rémy Lefebvre y était parvenu à propos du Parti Socialiste. De plus, les partis politiques sont habitués à subir des attaques bien plus douloureuses que celles des sociologues qui ne sont d’ailleurs pas des attaques mais plutôt des tentatives de description et d’explication argumentées factuellement et rationnellement de différents phénomènes.
Le phénomène étudié par Vanessa Jérome est donc politique comme l’indique le titre de sa thèse qu’elle réalise sous la direction de Frédérique Matonti au Centre Européen de Sociologie et de Science politique de l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne depuis octobre 2006 : Engagement et carrières militantes chez Les Verts – EELV.
Son propre engagement politique ne l’empêche pas de s’engager scientifiquement. Elle fait partie de groupes de recherche (groupe Sociologie Politique des ELections 2012, groupe de recherche interdisciplinaire sur l’économie sociale et solidaire, Groupe d’Etudes sur les Organisations et les Partis Politiques, Association Française de Science Politique), publie des articles, fait des conférences et surtout enseigne ou forme depuis 1997 au Centre de Formation aux Professions Educatives et Sociales (1997-1999), à Présences (2000-2001), Démos (2000-2002), à l’Institut de Gestion Sociale (2002-2008), au Centre d’Écodéveloppement et d’Initiative Sociale (2004–2009), à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne (2009-2012), à la Faculté des Sciences sociales et Economiques (FASSE) de l’Institut Catholique de Paris (2009-2010), à l’Ecole des métiers du cinéma et de la télévision (depuis Sept 2012) dans des domaines variés comme la géopolitique, la science politique, la méthodologie politique, les forces politiques, les métiers du politique et de la gouvernance, les méthodes des sciences sociales, l’économie et économie sociale et solidaire (thématique sur laquelle Vanessa Jérome a publié L’économie sociale et solidaire. Une autre façon d’être dans l’économie, Guide pratique n°4, CEDIS 2007), les politiques publiques territoriales, la sociologie des organisations, la méthodologie du mémoire.
L’entretien est réalisé par Sebastien Poulain le 23 octobre 2012 à Clamart pour Doctrix.

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