Gautier Knittel candidat aux législatives 2012 dans la 10ème circonscription des Hauts-de-Seine

Quoi d’étonnant à ce que des pirates utilisent un filet pour pêcher des électeurs ? On oublie trop souvent (même pendant Rolland Garros) que « net » donc « internet » signifie réseau et filet. L’usage d’Internet n’est-il pas une méthode plus rapide et furtive de conquérir le monde, malgré tout l’hydrodynamisme des drakkars et le talent des raffinés Vikings qui avaient déjà plus que visité des territoires allant des alentours de la mer Noire et de la mer Caspienne au Maroc etla Sicileen passant par l’Irlande, l’Islande le Groenland et même Vinland ?!

Le Parti Pirate – fondé le jour de la fête de la musique de 2006 et à la veille du vote de la loi relative au droit d’auteur et aux droits voisins dans la société de l’information dite DADVSI, soit 6 mois après la création du Piratpartiet en Suède – ne souhaite pas attendre 4 siècles pour dépouiller nos bulletins de vote. Il a donc choisi de débarquer dans un port numérique où Microsoft a installé son château fort social pour mener une bataille des plus rudes (Rappelons au passage que Vanves, Meudon sur Seine et Boulogne-Sud font aussi partie de la 10ème circonscription !).

Contrairement aux militants radiophiles qui souhaitaient l’ouverture dela FM à la fin des années 70 et qui préféraient être appelés « radios libres » à « radios pirates » pour se détacher de la connotation péjorative employée par le gouvernement de l’époque, le Parti Pirate a pris le parti de faire honneur au stigmate qu’on lui a assigné. C’est un pari oxymorique risqué d’un point de vue symbolique et politique car si certains politiciens ont bien piraté les finances publiques parfois et ont été réélus par la suite, si des non-politiques ont réussi à pirater beaucoup d’électeurs aux partis politiques traditionnels (A l’image de Coluche qui était monté dans les sondages.), il n’est pas évident de parvenir à convaincre les foules de « bons pères et mères de famille » de voter pour des pirates, quel que soit leur programme.

Seulement les pirates font partie de la génération Y, postmoderne et cybernétique (concepts quelque peu flous mais tout de même « parlants ») et elle est aussi motivée que décomplexée !

Qui est, justement, cette génération à l’assaut de 101 circonscriptions (cela fait tout de même environ 1/6ème des adhérents du parti), sinon des hommes blancs, trentenaires, urbains, geeks, très diplômés, qui refusent d’être classés politiquement mais qui se sentent tout de même plus proches de la gauche alternative et de l’écologie politique ?

N’exagérons pas, il y a des exceptions. Mais, on y trouve seulement 10% de candidates et 30% de suppléantes pour les législatives 2012 (ce qui pourrait avoir des conséquences pénalisantes par rapport à la loi sur la parité). Ce n’est pas une grande surprise compte-tenu de la sociologie des passionnés de technique, science, informatique (Lire par exemple les travaux de Dominique Boullier à ce sujet). Mais notons tout de même qu’il y a des corsaires bien pires puisque seulement 5,6% des candidats de la Corse du sud sont des candidates.

Autre comparaison, le programme politique des pirates 2.0 (qui mérite qu’on s’y attarde car il est peu connu) n’est pas encore aussi étoffé que celui des partis traditionnels et se focalise beaucoup sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ou les droits de la création (intellectuelle, artistique, industrielle) à l’image de leur volonté de légaliser le « partage » qui serait financé par une plateforme de soutien des citoyens aux auteurs et artistes (financement communautaire, mécénat global…).

Mais d’une part on ne peut que constater que ces domaines ont des applications et des implications toujours plus importantes dans la société contemporaine (économie, santé…). D’autre part les pirates 2.0 ont d’autres combats, à l’instar de ceux défendus par les pirates issus de l’association Anticor, de Transparency international et autres Anonymous qui luttent contre les différentes formes de corruption, pour la transparence de la vie publique et politique mais aussi le droit à la vie privée.

Voici quelques exemples de mesures en ligne de mire :

– lutte contre certaines formes de fichage,

– préservation du secret de la correspondance et de la neutralité des réseaux de communication,

– encadrement des dispositifs de (vidéo)surveillance,

– protection des sources des journalistes et des lanceurs d’alerte,

– mise en place d’une procédure d’action en justice collective,

– création d’un Conseil supérieur de la justice (CSJ) indépendant auquel serait rattaché le parquet, une grande partie du Conseil d’État, le Défenseur des droits,la CNIL,la CADA,la Commissionconsultative du secret de la défense nationale,

– publication de toutes les données publiques (dont la notion doit s’étendre à la sphère privée) sous des licences libres, et des informations sur les services et produits (fabrication et transport),

– interdiction du cumul des mandats à plein temps et lutte contre l’absentéisme parlementaire, – publication et contrôle du patrimoine, du revenu, et des notes de frais des élus et représentants publics,

– interdiction des machines de vote électronique et comptabilisation du vote blanc…

En plus de ces propositions, Gautier Knittel – qui se présente dans la 10ème circonscription des Hauts-de-Seine au nom du Parti Pirate et qui est bien un homme jeune, blanc, diplômé, informatisé, dynamique et non formaté – défend certaines thématiques qui lui sont chers :

– égalité des droits (reconnaissance des liens de parenté de fait, mariage civil pour tous les couples, dépénaliser la consommation de drogue et sa culture personnelle),

– encadrement de la finance (contrôle démocratique des banques centrales, séparation des activités de banques de dépôt, de prêt, et d’affaires, taxe sur les transactions financières, traitement des paradis fiscaux comme « potentiellement terroristes » (voire pirates ?!), financement de la dette publique par des organismes publics),

– indépendance énergétique (sobriété, anti-gaspillage, décentralisation, renouvelable, durable, protection de l’environnement par des incitations financières),

– mise à jour de la fiscalité (chômage partiel en période de crise, revenu de vie universel et inconditionnel, impôt unique progressif prélevé à la source, taxation basique de 5 à 10% des revenus des Français vivant à l’étranger, taxation similaire sur les rentes et le travail),

– protection du vivant (respect de la biodiversité, arrêt de l’appropriation du vivant, interdiction des abus de manipulation du vivant, réduction des émissions de gaz à effet de serre via un impôt progressif, interdiction des pesticides les plus toxiques, agriculture soutenable)…

Pour ce qui concerne le doctorat et le monde de la recherche et de l’enseignement, Gautier Knittel s’est interrogé sur la possibilité de rédiger une thèse d’histoire compte-tenu de son cursus en sciences humaines à l’Université Strasbourg II Marc Bloch. Mais il n’a pas trouvé suffisamment de matière pour effectuer un travail de recherche d’histoire des religions sur le zoroastrisme vu par les philosophes grecques lors de son master.

Cette religion monothéiste prophétisée par Zoroastre au cours du 1er millénaire avant Jésus-Christ dans l’actuel Kurdistan iranien a-t-elle joué un rôle dans l’engagement politique de Gautier Knittel ? Sachez en tout cas que Zarathoustra (synonyme de Zoroastre bien connu des nietzschéens) avait pour objectif de changer radicalement la société en valorisant la science moderne, l’égalité des hommes et des femmes, la préservation de la pureté de l’eau, de la terre, de l’air et du feu, la fin de l’esclavage, des violences et des sacrifices… Un précurseur du Parti Pirate si vous permettez cet anachronisme à Doctrix.

Gautier Knittel n’était pas non plus assez intéressé par l’enseignement et la recherche pour se lancer dans un doctorat, et il avait envie de partir à l’abordage du marché du travail. Il a donc passé le concours d’entrée à l’École nationale du jeu et des médias interactifs numériques et y a effectué son master. Puis, il est devenu concepteur de jeux vidéo (pardon, game designer) chez Cyanide, une société fondée en 2000 par d’anciens employés de la société Ubisoft qui développe notamment « A Game of Thrones – Genesis », un jeu sérieux (pardon, serious game) de stratégie et de gestion orienté vers la politique et l’économie.

C’est le type de jeux que les pirates 2.0 devront télécharger (légalement car les pirates modernes sont légalistes en attendant de changer les lois sur le piratage !) pour que l’idée de création d’un RUMM – un Revenu Universel Mensuel Minimum de 900 € – ne s’enRhUMe pas au moment de son application, même si l’eau de mer a la réputation d’être un bon remède !

Pour ceux que cette proposition fera sourire, sachez que le Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprises (dont la philosophie se résume par le slogan « La tête dans les étoiles et les pieds sur terre ») la promeut tout autant dans son projet Oïkos 2012 (soumis le 30 mars 2012 à Bayrou, Hollande, Joly et Sarkozy) et pense la financer en élargissant l’assiette des impôts, à l’image de la contribution sociale généralisée (CSG) et de la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). Oïkos étant l’étymologie d’économie mais signifiant surtout maison, espérons que ce revenu n’incitera pas trop de monde à y rester malgré les progrès du télétravail et autre domotique !

Pour améliorer la production scientifique, Gautier Knittel pense qu’il faudra travailler sur la modification de la législation sur les brevets et les droits d’auteur pour que le trésor que constitue la connaissance soit enfin partagé par tous et non plus uniquement dans les crochets de ceux que Bourdieu a appelé les « héritiers » qui sont les plus armés pour les batailles culturelles. Gautier Knittel a d’ailleurs contribué plusieurs années à Wikipedia et s’inscrit totalement dans la pensée des encyclopédistes, des Lumières, de la science empirique qui ne progresse que par le partage. Il pense aussi qu’il faudrait trouver des solutions aux problèmes administratifs et relationnelles obscures qui empêchent certains étudiants de commencer ou poursuivre une thèse à cause de la manière d’attribuer les bourses (contrats doctoraux) et les postes d’enseignants-chercheurs et chercheurs. Il s’agirait donc de combattre le copinage, les baronnies universitaires et autre vendetta. Enfin, le Revenu universel servirait bien entendu aussi aux doctorants dont les soucis non-scientifiques seraient ainsi forcément moindres pour atteindre le « sommet de leur art ».

En ce qui concerne les législatives, l’objectif de Gautier Knittel (http://www.candidatscitoyens.org/knittel2012/) et de son jeune moussaillon-suppléant (Paul-Antoine Lescot qui débarque de Conflans-Sainte-Honorine pour coller les affiches livrée quelque peu en retard : 5 jours avant le vote !) est d’atteindre 1% des suffrages. 4 pirates des circonscriptions des Français de l’étranger (soit 1561 Français) y sont d’ailleurs parvenus avec des scores seulement légèrement plus élevés pour le vote par internet que par les urnes (un avertissement qu’internet a aussi ses limites, à l’image des Anonymous qui sont bien obligés de déconnecter et de montrer leurs masques pour occuper Wall Street) : 1,29% pour Canada-Etats-Unis (1,41% par internet), 1,35% pour Belgique-Pays-Bas-Luxembourg (1,54% par internet), 1,06% pour Liechtenstein-Suisse (1,4% par internet) et même 2,85% pour Allemagne-Europe centrale-Europe de l’Est (3,05% par internet). De quoi rester proportionnellement optimiste même si la sociologie de la 10ème circonscription n’est pas exactement celle des Français de l’étranger !

Toutefois, si 46 candidats supplémentaires du Parti Pirate sur les 97 autres candidats obtiennent ce chiffre symbolique dimanche prochain, le Parti Pirate sera parmi la quinzaine de partis éligibles au financement public qui se répartiront plus de 32 millions d’euros, à raison de 1€68 par voix et par an pendant cinq ans, et 42 228€35 par an pour chaque député ou sénateur rattaché au parti. Cela donnerait forcément au parti une meilleure visibilité à l’horizon pour éviter les icebergs de la vie électorale car il ne dispose jusqu’à présent que d’un budget d’environ 4 000 euros par an (soit environ le coût d’une campagne d’un seul petit candidat !) et doit donc inviter les électeurs à télécharger et imprimer les bulletins de votes pour des raisons aussi bien écologiques qu’économique. Le jackpot ou la banqueroute peuvent se jouer à quelques coups d’épée près pour les petites formations. Pensons à un pirate célèbre de la Trinité-sur-Mer qui avait dû vendre pas moins qu’un Paquebot pour éponger ses dettes de jeu politique.

Au moment du décès de Ray Bradbury et alors que l’enseigne numérique et pirate battant pavillon français Surcouf sombre, le Parti Pirate espère ne pas perdre le nord et l’est. En effet, le Parti Pirate suédois a obtenu plus de 7% des voix aux élections parlementaires européennes, soit deux députés en 2009. A l’est, les pirates sont aussi montés sur le pont dans plusieurs Länders (notamment en Rhénanie du Nord-Westphalie où les pirates viennent de remporter 7% des voix) et grandes villes allemandes (comme Berlin où le parti a été fondé en 2010). Ils commencent donc à être pris très au sérieux par les Verts, voire Dr Angela Merkel elle-même qui les considère déjà comme « un facteur important » de la vie politique allemande.

Si les Pirates 2.0 savent user d’humour, à l’image du pastiche de la série « Bref » de Canal + (bien plus attrayant qu’un grand nombre de clips de campagne) que l’on trouve sur le net et où on apprend comment on devient candidat pirate aux législatives, les autres partis politiques français risquent de devoir astiquer très vite leurs canons s’ils n’écoutent pas leurs revendications. Les journalistes, quant à eux, finiront bien par cesser de filer les métaphores liquides faciles, dans lesquelles Doctrix – un blog enfin sérieux – espère avoir su éviter de couler !

L’interview est réalisé par Sebastien Poulain le 7 juin 2012 à la suite d’un meeting à Issy-les-Moulineaux et après un premier essai deux jours auparavant dans les ruelles de Vanves où il y avait une fois de plus trop de houle pour le fleuret audiovisuel de Doctrix !

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